Style d'attachement ou trouble d'attachement ? 1/2

Dernière mise à jour : 30 nov. 2021

J'avais plusieurs sujets en tête pour cette publication. J'étais inspirée et j'avais hâte d'écrire la publication dont je vous ai parlée. Je souhaitais vous parler des fameuses ''lunettes''...


... mais suite à la lecture d'une publication sur Facebook ce matin (et des nombreux ''conseils d'experts'' prodigués par madame-tout-le-monde), mon inspiration a changée.


La publication en question nommait de nombreux comportements dérangeants au sujet d'un enfant (agressivité envers ses pairs, ambivalence envers les personnes significatives dans sa vie, etc)... L'enfant concerné demande l'attention de sa mère puis lui fait systématiquement des crises, celui-ci ne peut pas communiquer (ni oralement ni par signes pour diverses raisons de développement), etc. Comme un peu partout, les gens sont bien intentionnés (j'ose y croire!) et ils y vont de leur expérience personnelle et ce qu'ils ont entendu dans différentes situations autour d'eux. Ces gens donnaient donc à l'intervenante un tas de conseils principalement en lien avec l'autisme. L'enfant fait des crises - ça ne peut donc pas être autre chose qu'un TDAH ou un TSA.


J'étais plus ou moins étonnée de voir à quel point, les gens ont le diagnostic facile et la solution ultime pour tout. Selon eux, tout ce qu'il fallait pour que cet enfant aille mieux était un bon diagnostic, une médication adaptée (ou ajustée) ainsi que des outils technologiques afin de lui permettre de communiquer efficacement. La solution était parfaite et si facile à appliquer! J'étais fâchée de voir que tous croyaient avoir la solution miracle en réglant les comportements en diagnostiquant l'enfant à distance, et ce, après avoir lu 4 lignes d'une publication.


Petit secret : On ne règle pas un comportement dérangeant sans en connaitre la cause, et ce, même par un diagnostic précis. Un diagnostic est utile oui, MAIS un comportement répond TOUJOURS à un besoin (mais ça...on en parlera dans une autre publication!)


Souhaitant apporter une piste qui ne semblait pas avoir été explorée (selon le peu d'informations que j'avais évidemment), j'ai suggéré à l'intervenante de vérifier si des démarches avaient été faites afin d'identifier le style d'attachement de cet enfant. Qu'idéalement cette démarche permettrait de mettre en place des interventions au niveau de ses besoins affectifs.


Cet enfant ne pouvant pas communiquer ses besoins physiques comment peut-il communiquer ses besoins au niveau affectif ? Alors, je me questionne à savoir comment peut-on y répondre adéquatement et l'aider à développer un attachement sécurisant s'il ne communique pas ?


Évidemment, je ne suis pas allée aussi loin dans mes commentaires sur la publication. Une dame (qui n'est pas impliquée dans le dossier) m'a accusée de blâmer la mère et que celle-ci n'était pas en cause des crises de son enfant (alors que j'ai clairement parler des capacités de communication de l'enfant et en aucun cas des habiletés parentales! mais bon.).


Cette dame m'a même répondu que ''l'attachement n'a rien à voir dans la situation de cet enfant puisqu'il a un portrait d'autiste''. Je me suis retirée de la discussion à ce moment-là et j'avoue être devenue très triste pour cet enfant et sa famille que j'aurais souhaité aider.

Cet enfant a peut-être un diagnostic de TSA (ou autre) ... mais même s'il avait une déficience intellectuelle ? Il a également développé un style d'attachement depuis sa naissance. Et ça, on ne peut pas y échapper ni l'ignorer. Il faut prendre tout ça en compte afin de pouvoir l'aider efficacement.


''Ainsi, selon l’ensemble de ces études, il pourrait exister un lien entre TED avec retard mental et comportement d’attachement (insécure, désorganisé)''
''...l’adaptation du parent dans l’interaction (fort engagement) permettrait d’augmenter les comportements d’attachements chez les enfants souffrant de TED associé à un retard mental.''

- Persini Christelle, Viellard Marine, Chatel Clarisse et al., « Troubles autistiques et troubles de l'attachement : quels liens ? », Devenir, 2013/3 (Vol. 25), p. 145-158. DOI : 10.3917/dev.133.0145. URL : https://www.cairn.info/revue-devenir-2013-3-page-145.htm

Ce n'est donc pas parce qu'une personne présente un diagnostic de TSA, de déficience (ou autre) qu'il développera automatiquement un trouble d'attachement. Ces gens ont généralement une capacité à créer des liens significatifs, à leur façon et selon leur style d'attachement, leur mode opératoire interne sans oublier les réponses offertes par leurs donneurs de soin lors des étapes importantes de leur développement affectif.


Il y a aussi l'autre côté de la médaille. En 18 ans de travail auprès des enfants, j'ai cessé de compter le nombre de fois ou j'ai entendu les phrases suivantes : Je crois qu'il a un trouble d'attachement/d'opposition! ou encore Elle fait des crises parce qu'elle a un trouble d'attachement.


Il y a donc ceux qui croit que les styles d'attachement sont une légende urbaine. Et il y a ceux qui applique le terme trouble d'attachement à toutes les sauces sans s'être renseignés sur le sujet. Dans les deux cas, on peut causer beaucoup de dommages.


C'est important de faire la différence entre un style (théorie de l'attachement) et le trouble (qui fait partie des diagnostics du DSM-5).

Commençons par démystifier un peu ce fameux trouble d'attachement qui

''empêche l’enfant de former un attachement sélectif auprès d’une personne privilégiée''. *

Alors même si nous entendons parler régulièrement que les enfants ont un trouble d'attachement, parce qu'ils ont des comportements dérangeants, font de grosses crises à leurs parents et semblent détachés. En réalité :

''Les troubles de l’attachement sont rares au Canada. On en trouve probablement moins de 1 % dans l’ensemble de la population, mais chez les enfants qui ont été victimes de maltraitance flagrante ou qui ont vécu dans un orphelinat inférieur aux normes pendant la première enfance, la prévalence est plus élevée et peut même atteindre 40 %.
Les troubles de l’attachement n’ont pas été évalués au sein des populations de réfugiés, mais on peut s’attendre que les exigences extrêmes avant leur fuite, pendant leur fuite et lors de leur réinstallation peuvent accroître le risque de troubles de l’attachement.'' *

*Leslie Atkinson, PhD, Morton Beiser, MD - 2016


Ces citations ne sont que quelques extraits de textes très intéressants qui valent la peine d'être consultés. J'aurais pu en ajouter bien d'autres, mais le but n'étant pas de remplir cette publication de statistiques et de textes scientifiques!


Je trouvais important de sortir quelques données et de nommer qu'il existe de nombreuses études à ce sujet. Les extraits de cette publication sont tirés des deux articles suivants. Alors si tu souhaite nourrir ta curiosité sur l'attachement, cliques sur les liens suivants :


Les troubles de l’attachement | Santé mentale et développement | Les soins aux enfants néo-canadiens (enfantsneocanadiens.ca) Troubles autistiques et troubles de l'attachement : quels liens ? | Cairn.info


Tu es encore là ? On continue dans la 2e partie sur ce même sujet!


77 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout